Les Noces de Galicnik
Dans les villages de Galicnik et de Lazaropole on célèbre les mariages selon un rite
très ancien.
Le groupe ethnique des Mijaks,arrivé au Xe siècle,a conservé ses anciennes coutumes,grâce surtout à la préservation
de liens de parenté entre ses membres.
On suppose que Galicnik fut fondé dès le dixième siècle par des bergers venus des environs de Salonique,de la région
situé près de la rivière Galik.Le village fut fondé par l'ethnie des Mijaks,connue pour la stricte préservation de
ses liens de parenté et par le fait qu'elle a réussi, des siècles durant,à préserver ses
caractéristiques architecturales, vestimentaires et traditionnelles.

Les membres de cette ethnie s'occupaient d'élevage,mais en raison des dures
conditions économiques,ils furent contraints de s'en aller à la recherche de travail,arpentant la péninsule
balkanique et le monde pendant des siècles.
C'est cela précisément qui a entretenu chez eux une certaine nostalgie,mais aussi toute la richesse de leur
tempérament et tradition,sous forme de divers rites et coutumes.Les rites du mariage représentent les coutumes
les plus célèbres de cette région.
Les mariages à Galicnik ont généralement lieu,le jour de Saint Pierre ou,plus rarement,le jour de la Fête
de la Vierge.
Ils sont liés au retour de ceux qui travaillent à l'étranger et reviennent généralement au pays pendant l'été,
car l'hiver la neige et les routes dificilement praticables,isolent pratiquement ces villages du reste du monde.
A Galicnik,les noces ne sont pas uniquement une fête familiale, mais la fête de tout le village.
Ces coutumes sont tirées d'anciens rites païens préslaves.Les noces sont précédées des fiançailles. Autrefois,
les parents décidaient eux-mêmes du choix du conjoint
de leur fils ou fille.

Ce choix était dicté avant tout par la réputation de la famille et, naturellement,
par sa position matérielle.
Les garçons se fiançaient généralement entre dix-huit et vingt ans, les filles entre quinze et dix-huit ans.
Selon un cérémonial établi depuis longtemps, on envoie tout d'abord le fiancé dans la maison de la jeune fille,
à un jour déterminé de la semaine.
Ceci est lié à l'apparition de la nouvelle lune qui est censée apporter quelque chose de nouveau, une bonne nouvelle.
Le fiancé entre dans la maison, inaperçu, se dirige vers l'âtre et tripote le feu; il déplace les bûches pour
troubler les parents et obtenir plus facilement leur autorisation.
L'autorisation une fois obtenue, la jeune fille portera jusqu'à la noce des vêtements
spécialement conçus de façon à ce qu'ils diffèrent des vêtements des autres jeunes filles. Le foulard blanc,
caractéristique, est le signe de la fin de son adolescence et du début d'une vie nouvelle.
Aussitôt, les parents du jeune homme, entourés de leurs parents les plus proches, vont rendre visite à la fiancée.
Elle baise la main de sa belle-mère et de son beau-père, puis des autres parents. Ensuite on procède à un échange
de cadeaux,destinés aux futurs mariés.

Puis commencent les préparatifs de la noce...
La mère du fiancé prépare la literie des jeunes mariés. Elle commande un nouveau costume pour son fils, prépare
des bijoux en argent pour sa belle-fille.
Elle tisse les draps, réunit les jeunes filles chargées de pétrir le pain pour les noces. On achète du vin.
On cueille des fleurs pour la décoration et la préparation des couronnes. Deux jours avant la noce, on transporte,
de la maison du fiancé dans celle de la jeune fille, la nourriture, le vin et les cadeaux pour la jeune mariée.
Dans la maison du jeune marié commence le rite. On prépare les pains destinés à la cérémonie. Avec une gourde
ornée de fleurs, ainsi que d'un dragon,
d'un aigle, d'un serpent et d'autres animaux.C'est en fait le totem de la famille. Le soir arrivent les tambours et
les musiciens. En 1921,
il y avait eu à Galicnik 51 mariages le même jour. A savoir - 51 tambours et joueurs de fifre! Tout le village
retentissait de la musique que
l'on entendait au-delà de la chaîne des montagnes, jusqu'en Albanie.

Les musiciens sont accueillis par la mère du fiancé avec de la menue monnaie, un pain sur
la tête et une cruche de vin à la main.
C'est elle qui entame la "danse des belles-mère" et la fête continue jusqu'au soir, moment où commencent
les préparatifs pour "aller chercher
l'eau".
Toutes les jeunes filles du village en âge d'être mariées vont puiser l'eau tenant dans leurs mains des petites branches de pin illuminés.
A la fin du cortège se trouve la mariée. Ce cortège des chercheuses d'eau est semblable à une vague de feu qui se dirige vers le centre du village,
pour disparaître ensuite dans la nuit. L'eau ramenée dans les cruches sert à laver la tête de la jeune mariée dans la maison de ses parents, une dernière fois.
Le lendemain, le fiancé se rend au cimetière avec ses parents les plus proches, pour implorer son pardon et l'autorisation de se marier.
Vient tout d'abord le porte-drapeau, suivis par ses consorts à cheval qui protègent la jeune mariée. Une fois embarqué le trousseau de la mariée,
celle-ci monte à cheval et s'incline devant la maison de ses parents. Puis le cortège se dirige vers l'église où a lieu la cérémonie du
mariage.

La jeune femme s'incline plusieurs fois devant la maison de son nouveau mari avant d'entrer. On orne sa tête de plusieurs couronnes pour lui assurer l'éternité.
Puis on l'amène vers l'âtre et on la marie à ce nouveau foyer en la "frappant" avec des chaînes.
Alors la fête commence véritablement. Musique et liesse. Les jeunes mariés s'enferment seuls dans une chambre et dînent ensemble pour la première fois.
Les invités poursuivent les festivités dans l'attente d"être assuré de la virginité de la jeune épouse.
Ainsi se termine ce merveilleux rituel des noces de Galicnik, la belle-mère renferme dans une malle la chemise de nuit de la jeune mariée et dès cet instant,
c'est elle qui est la nouvelle maîtresse de maison.